TOUS LES JOURS CURIEUX – Entretien – Marisa Culatto – Interview

SCROLL TO THE END FOR ENGLISH TRANSLATION

Comment avez-vous commencé la photographie ?
Je me rappelle m’être intéressée très tôt, depuis mon plus jeune âge, aux images photographiques, à en regarder et, plus tard, à en produire. Quand j’avais 11 ans, on m’a offert un petit appareil photo compact. Il m’a été donné pour que je puisse prendre des photos de vacances, mais très vite j’ai commencé à l’utiliser de façon plus expérimentale. Puis, à 17 ans, lors de ma dernière année au lycée, j’ai eu mon premier appareil photo reflex et j’ai participé à un atelier de photographie organisé par le département d’art avec un photographe local étonnant. Cela a même débouché sur une exposition en petit groupe, que j’ai trouvée très excitante. J’ai ensuite fait des études de langues vivantes à l’université, mais j’ai passé la plupart de mon temps libre à lire des livres sur l’art et à expérimenter des techniques mixtes et des procédés photographiques et d’impression alternatifs. J’utilisais des images imprimées, une machine à écrire, des aquarelles, des photocopies, de l’écriture… Après la fac, j’ai obtenu un emploi d’assistante d’un photographe de mode qui était aussi très expérimental. J’ai beaucoup appris sur les questions techniques au cours de ces années avec lui, mais les leçons les plus importantes qu’il m’a enseignées sont qu’il n’y a pas de règles fixes et que le travail acharné est la base de tout. Mais c’est vraiment ma rencontre avec le numérique qui a consolidé ma pratique artistique, car elle m’a aidée à considérer l’appareil photo comme un élément de plus dans mon processus.
Comment avez-vous eu l’idée de la série Flora ?
Je suis très intéressée par le fait de repousser les limites de la photographie au-delà de celles habituellement associées à d’autres médias. Dans cette optique, j’avais donc pensé à aborder le genre de la nature morte depuis un certain temps. Je voulais faire quelque chose d’inhabituel et je me suis finalement contentée de compositions gelées. J’ai testé différentes approches avant de décider que celles-ci devraient être basées sur la végétation. Cette décision est venue après avoir réalisé un autre projet appelé « Ophelia », dans lequel j’ai photographié des amas d’algues flottantes dans de petites flaques dans le sable… Donc, dans ce cas, le perfectionnement du procédé a pris un certain temps.
Les compositions sont-elles le fait du hasard ?
J’ai soigneusement assemblé les compositions avant de les congeler, il y a donc un acte conscient de mise en scène, mais aussi un élément de rencontre fortuite, car je me suis limitée à recueillir la végétation contenue dans chaque oeuvre lors de promenades ou de déplacements liés à ma vie quotidienne. Je me suis aussi contrainte à des compositions réalisées avec des éléments recueillis à chaque promenade, éléments toujours recueillis à proximité les uns des autres. Quelle était votre intention conceptuelle ?
Elle est liée à la beauté, à sa perte et à la tentative futile de la retenir. C’est ma façon d’essayer de me réconcilier avec le temps qui passe et d’accepter l’inévitable processus du vieillissement… Finalement, cela parle aussi de l’acte même de la photographie : le gel du moment.
Qu’avez-vous mis de vous-même dans ces images ?
En dehors de l’intention conceptuelle, qui me préoccupe, je fais du point de
vue visuel le travail que je veux voir moi-même. Je suis complètement et irrépressiblement honnête, donc j’ai mis beaucoup de moi-même dans toutes ces
images.
Quelles sont vos influences artistiques ?
Je trouve que c’est la question la plus difficile à laquelle répondre. La bonne réponse serait à la fois rien de particulier et tout en général.
Quels sont vos projets du moment ?
J’ai abordé un nouveau travail. Coïncidence, il est aussi assez mis en scène, comme Flora, bien que très différent vu qu’il est réalisé sur un fond noir. Conceptuellement, il explore les notions de vérité et de mensonge, le réel et le faux, à la fois en général et, plus spécifiquement, dans le média photographique.
Je n’en suis qu’au début.

GILLES COURTINAT

 

How did you get into photography?

I remember being interested in looking at – and later on producing – photographic images since quite a young age.  When I was 11 I was given a small compact camera. It was bought for me so that I could take holiday pictures, but very soon I started using it in a more experimental way.  Then, when I was 17, in my last year at senior school, I got my first reflex camera and attended a year long photography workshop organised by the Art Department with an amazing local photographer. This even culminated in a small group exhibition, which I found very exciting. I did modern languages at college, but spent most of my spare time reading about art and experimenting with mixed media and alternative photographic/printing processes.  I used printed images, a typewriter, watercolours, photocopiers, writing… Then, after college, I got a job as assistant to a fashion photographer who was also very experimental.  I learnt a lot about technical matters in those years with him, but the most important lessons he taught me were that there are no fixed rules, and that hard work is the base of everything.   But it was really the encounter with the digital realm what consolidated my artistic practice, as it helped me think of the camera as just one more of the elements of my process.

How did you get the idea of the flora series?

I am very interested in pushing photography over boundaries more usually associated with other mediums.  So, in this line, I had been thinking about tackling the genre of the still life for quite some time.  I wanted to do something unusual, and eventually settled on frozen compositions.  I tested different approaches until deciding that these would have to be based on vegetation.  This decision came about after doing another project called Ophelia, in which I photographed clusters of seaweed floating in small puddles in the sand… So, in this case, refining the process took a while.

Are the compositions made by you or by chance?

I carefully put the compositions together before freezing them, so there is a conscious act of staging, but also an element of chance encounter, as I restricted myself to collecting the vegetation included in each work on walks or errands connected with my daily life, and I also restricted myself to compositions of the elements collected in each walk which are, therefore, always found near each other.

What was your conceptual intention?

The conceptual intention has to do with beauty, and the loss of it, and the futile attempt to hold on to it.  It’s my way of trying to come to terms and accept the inevitable process of getting old…  In the end it also speaks about the act of photography itself: the freezing of the moment.

What did you put of yourself in those images?

Apart from the conceptual intention, which is something I’m preoccupied with, from a visual point of view I do work that I want to see myself. I am completely and irrepressibly honest, so I put an awful lot of myself in all my work.

What are your artistic influences?

I find this the most difficult question to answer.  The right answer would be nothing in particular, and everything in general.

 

What are your current projects?

I am working on a new body of work.  Coincidentally it is also quite staged, like Flora, although very different, including that it happens in a black background.  Conceptually it explores notions of truth and lies, real and false, both generally and, more specifically, within the photographic medium.  It is still early days…

GILLES COURTINAT

https://www.touslesjourscurieux.fr/ 

 

Written by marisitacu